
Je comprends de mieux en mieux le sens de l’expression « se noyer dans un verre d’eau ». Je suis comme ça parfois. Je baisse trop facilement les bras.
Je cachtone à nouveau chaque soir. J’appréhende le moment où je vais cesser de lire pour tenter de dormir. Ce soir le Lexomyl ne suffit plus. Mes nerfs prennent le dessus. Je me refuse à en prendre un deuxième, faut pas que tout ça recommence.
Je vérifie 10 fois si j’ai bien programmé le réveil. De peur que mon inconscient m’ai joué un sale tour.
Je ne déteste pas mon travail, mais je n’ai plus envie d’aller m’enfermer là-bas. Je me suis toujours lassé très vite de faire la même chose au même endroit.
Marre de ressentir la faim pour mon énième régime (même si ça marche)
Marre de croiser mon corps dans le miroir tous les matins en sortant de la douche.
Marre de passer du temps à rendre ma coiffure présentable.
Je persiste à trouver la vie difficile, douloureuse et injuste. Au risque d’être incomprise et de m’entendre dire qu’il y a tellement plus malheureux que moi…OUI JE SAIS ET ALORS ??????
La difficulté et la douleur ça peut se surmonter. D’ailleurs j’admets volontiers que mes difficultés sont toutes relative, quant à la douleur, chacun son seuil de tolérance…L’injustice par contre je n’arrive pas à l’accepter, à vivre avec, à la dépasser et
J’aimerais effacer la mélancolie et les désirs qui m’étouffent, j’aimerais être forte, positive, une battante qui n’a besoin de personne.
Ma mère devine toujours quand je m’apprête à sombrer avant même que je m’en aperçoive. L’autre jour elle m’a dit : « je m’inquiète, j’ai peur que tu recommence ». Elle sait. Je n’arrive plus à faire bonne figure.
Un jour, je devais avoir environ 20 balais, je venais de me lever, je descendais l’escalier, je devais sourire bêtement. Elle m’a regardé et m’a dit : « hummm…toi tu as rencontré quelqu’un », et c’était vrai.
Elle m’incite à lutter, à me battre contre mes démons, sans arrête, dès qu’elle me voit faiblir, et moi je promet d’essayer, (d’ailleurs je crois que c’est pour elle que j’ai réussi à arrêter le cutter), je le promet sincèrement mais il y a comme une voix dans ma tête qui me répète « tu sais bien que c’est trop tard, ça ne cesseras jamais ».
Ma baroudeuse m’a envoyé un mail d’Argentine. Elle disait qu’elle pensait avoir trouvé un certain équilibre et que depuis peu il avait disparu. Eh bien c’est tout ce qui m’a toujours manqué à moi l’équilibre. Déséquilibrée ? (trop péjoratif), Bi-polaire ? (trop psychanalytique), borderline ? démunie ? apeurée ? je cherche. Je ne suis rien de tout ça, je suis tout à la fois. Il faut que j’arrive à me convaincre que je suis comme tout le monde, qu’ils y arrivent et que je peux y arriver aussi. A supporter ça, à ne pas être systématiquement en souffrance.
Plus encore que l’équilibre, c’est la paix que je voudrais trouver. Et je ne sais pas comment m’y prendre. Tant pis il faudra bien un deuxième Lexomyl.
Chaque matin, épuisée je me dis que le soir je me reposerais, qu’il faudra que j’en profite, me coucher tôt, j’ai hâte de m’allonger et de fermer les yeux. Mais chaque soir la colère te l’angoisse reprennent le dessus et il n’y a jamais de repos.
Mauvais cycle, mais ça aussi ça va passer. Je les ai tellement vu partir et revenir ces cycles. J’ai si souvent cru qu’ils avaient définitivement disparus pour les voir réapparaître au moment où je m’y attendais le moins, que désormais je ne sais même plus profiter de l’accalmie. Une partie de moi attend anxieusement leur retour. Il faut que je m’enivre de musique et de lecture, au boulot, quand je vais marcher, en voiture, il faut que je vive ces histoires-là pour palier à l’ennui et la solitude. Vivre par procuration plutôt que ne rien vivre. Assoiffée de vie et paradoxalement tellement douée pour l’abîmer et l’endormir à coups de comprimés. Entrer dans la peau d’un personnage, imaginer une scène hilarante, excitante, érotique et vivre intensément cet instant avant de revenir à fade réalité. Chaque fois que je passe plusieurs jours à tenter d’avoir une vie saine, reposante, sans excès, j’ai le besoin, un soir de temps en temps, de me défoncer la tête. Comme j’ai arrêté l’alcool pour mon régime je me rabat sur les médicaments. Le côté positif c’est que le lendemain je ne déprime pas, je suis juste un peu au radar…
La dernière fois que j’ai regardé le réveil il était deux heures. Je me suis réveillée à six heure en pleurant, j’étais entrain de rêver que mes amis et ma famille partaient à la guerre.. .
Une nuit je m’effondrerais avec ma clope à la main et je foutrais le feu à l’appart comme c’est arrivé à mon voisin quand je vivais à Nantes. On s’était retrouvé tous dehors sous la pluie à deux heures du matin pendant que les pompiers éteignaient l’incendie qui avait gagné tout l’immeuble. Je pense aux hommes qui m’ont rendu heureuse et je me demande comment ils y sont arrivés. Je voudrais tous les revoir, les embrasser, même ceux que j’ai cessé d’aimer. Je veux les entendre dire que je vaut la peine…
Je sens que j’ai envie de me remettre à peindre. Ca aussi ça revient par cycle. J’imagine toujours les mêmes visages, des crânes et des silhouettes à peine humaines, du métal découpé à l’acide, des calligraphies aux textes macabres…l’exutoire suprême après l’automutilation. Des photos de cicatrices ensanglantées, les miennes.
« Aujourd’hui j’ai rien fait, j’ai écouté les mouches voler
Dans leur vrombissement et leur reflet merdeux d’argent
Là-bas on ne s’ennuie pas
Si je respire encore, je sais pas, peut-être je suis mort
Je peux plus m’énerver j’ai à peine la force de rêver
Là-bas, tout va bien pour moi
Je ne pense plus à mes parents
D’ailleurs ils n’avaient pas d’enfants
Alors je peux pas être mort
Avant de m’en aller j’ai appris qu’il y a des prairies
Où on peut galoper comme ça, sans cesse, à l’infinie
Là-bas comme au cinéma
Depuis le fond de mon exil, je vous pisse à la raie, bien tranquille
Là-bas, ne m’en veuillez pas »